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Le Chamane et l'Enfant

Copyright © Jérôme Rochelle et L'Esprit du Jaguar Editions Tous droits réservés

"L'alpiniste est un homme qui conduit son corps là où un jour, ses yeux ont regardé."  Gaston Rébuffat

 

« Le Chamane et l'Enfant » est le nom d'un nouveau saut que j’ai ouvert en wingsuit durant l'été 2019 dans les parois de Glandasse dans le Vercors, juste au-dessus de Die. Cela faisait de très nombreuses années que je rêvais d’y ouvrir un saut et de voler tel un aigle dans ce haut-lieu magique et sauvage.

Explorer la nature pour y découvrir ses secrets a toujours fait partie de ma vie depuis ma plus tendre enfance. C’est sûrement un des liens les plus puissants que je continue de tisser avec la vie à travers la nature, et qui me permet d’être moi-même et de garder mon regard curieux d’enfant, en me laissant guider par mes inspirations.

"Je n’ai rien trouvé de plus beau, de plus vrai, de plus émouvant, de plus touchant."

 

La nature a toujours été un espace de liberté, de découverte, d’exploration, de défi, de créativité, mais plus que tout elle est pour moi la source d’une immense joie et d’une paix profonde. Je n’ai rien trouvé de plus beau, de plus vrai, de plus émouvant, de plus touchant. Car au-delà de tout ceci, lorsqu'on est dans la nature, immergé dans son écrin, et même lorsqu’elle peut être inhospitalière ou difficile d’accès, le chemin qui y même est celui du ressenti du cœur. Et en retour, c’est de l’amour qui est offert par notre « mère nature » et par la vie aussi.

Dans la société, le sens des choses et des actes sont poussés et exacerbés par l’égo, par les conditionnements, par le besoin de reconnaissance, de valorisation et de possession personnelle au regard des autres, en étant dans une perpétuelle compétition pour paraître et croire que c’est ainsi que l’on est. Mais Paraitre n’est pas Être, c’est aussi ce que dit la langue des oiseaux (pa-aitre). Et le sport n’échappe pas à ces codes sociétaux, même les sports dits « d’aventure » ou « extrêmes », comme l’escalade, l’alpinisme, le speedfly, le freeride, le base jump ou la wingsuit. Ils sont sont devenus des formes de « genres », des moyens d’identification personnelle ou d’adhésion communautaire, dans un société qui a perdu ses liens sensibles, d'humanité et de coeur. Ego sur-évalué voire sur-joué, valorisation personnelle à son comble, recherche obsessionnelle d’un regard extérieur et de sa validation, mode héros et testostérone, les demi-dieux ne sont plus seulement dans les stades, ils sont aussi dans la nature qui leur sert d’exutoire pour combattre et pour rassurer leur pouvoir dans leur part de « masculin » ou leur virilité. Mais il manque à tout ceci, à ces hommes et à ces femmes aussi, du « sacré » à l'intérieur.

"Le sport m’a servi à grandir dans ce monde d’adultes pas toujours très bienveillant, ni encourageant ou valorisant."

 

Le sport a été pour moi un moyen de me dépasser, et surtout d’apprendre à le faire, à pousser plus loin mes limites physiques et mentales. Mais le sport ne m’a rien appris de plus que ce que je savais déjà enfant, ni l’audace, ni le courage, ni l’intelligence, ni le bonheur de se sentir « soi » vivant. Le sport m’a servi à grandir et à me tracer une voie dans ce monde d’adultes pas toujours très bienveillant, ni encourageant ou valorisant, un monde qui surtout ne s’intéresse qu’à lui-même et à assouvir ses besoins égotiques gargantuesques. Donc quand à 6 ans je grimpais sur le toit de la maison familiale pour y récupérer les flèches de mon arc en passant par le mur du jardin puis le toit du garage, l’affaire était quand même plus qu’audacieuse et risquée, elle était géniale. D’ailleurs j’adorais déjà grimper aux arbres pour y jouer, et j’y emmenais aussi mes chats, eux plus craintifs semblait-il…

Dans la vie, il faut parfois des prétextes pour sortir de sa zone confort ou de ses habitudes. Rêver nous le faisons chaque nuit dans notre sommeil, mais ces rêves-là ne sont pas les rêves d’un futur imaginé et créé. L’intention est portée par un projet que l’on peut appeler « Rêve », comme les Aborigènes et leur « temps du rêve » ou le monde fut créé dans sa plus grande beauté et pureté. Cette recherche de quelque chose de « plus », sans réellement savoir « quoi » au départ, est une forme de quête du Graal, un temps du rêve. Un Rêve oui, car il peut sembler du point de départ si éloigné de la réalité, si inaccessible, qu’on l’imagine s’évaporant dans les brumes comme au réveil. Et rêver c’est se donner la possibilité de vivre plusieurs vies, dont l’intensité sera portée par ces rêves multiples. Et on ne peut jamais savoir où ce chemin nous mènera, ni quand, ni comment et c’est ce qui en fait son charme, sa magie et sa puissance.

"Si le mental rassure, à l’opposé il faut savoir « lâcher prise », écouter ses ressentis et ses intuitions pour suivre ses inspirations."

 

Nous vivons dans un monde du « contrôle » et du « pouvoir », celui de la « force autoritaire » et du « je veux », mais ces deux états d’esprits et phénomènes sont des « antagonistes » au rêve. Quand on cherche à contrôler ses actions et à les obtenir par la force ou l’autoritarisme, que ce soit en intra-personnel ou en extra-personnel, ce n'est la bonne direction pour agir car on est là dans le mental. Si le mental rassure, à l’opposé il faut savoir « lâcher prise », écouter ses ressentis et ses intuitions pour suivre ses inspirations et vivre un idéal et essayer de le réaliser. Nécessairement, celui-ci doit suivre ce qu'on appelle « la voie du cœur » souvent portée par sa petite voix intérieure. Un rêve ne se contrôle pas car c’est lui qui vous embarque, et si vous êtes à la hauteur c'est-à-dire avec dans la sensibilité du cœur, il vous ouvrira des portes secrètes que vous ne pouvez pas imaginez. Et c’est bien à chaque fois ces expériences puissantes et magiques que j’ai pu vivre au cours de certaines de mes aventures solitaires en montagne.

Quand on regarde cette immense muraille de la paroi de Glandasse, contrefort ouest du Vercors et qui s’étend sur des dizaines de kilomètres de long bordant la vallée du Diois, on ne peut qu'être impressionné. Et plus on scrute aux jumelles, plus cet univers devient vaste, un peu comme si on essayait de découvrir la surface de la Lune et ses cratères. De multiples parois secondaires jaillissent, des couloirs, des abîmes, des grottes, des vires et tout en haut un plateau aussi insondable. Peu de voies d’escalade y ont été ouvertes, car cette montagne n'a jamais été un lieu à la mode, et pourtant on y trouve parmi les plus grandes signatures de l’aire moderne de ce sport avec Leprince-Ringuet, Georges Livanos, Yannick Seigneur et Philippe Mussato. Ces parois développent de deux cents à cinq cents mètres de hauteur mais leur accès est loin d’être aisé, souvent long et fastidieux.

"Je combine toujours ces deux éléments ainsi que Géoportail pour affiner mes recherches sur cartes IGN et vues aériennes."

 

Les topos d’escalade offrent de très bonnes informations sur la topologie des parois, auxquels il faut ajouter des photos prises de divers angles, ce qui n’est pas toujours facile à dénicher si on n’est pas sur place pour les réaliser. Je combine toujours ces deux éléments ainsi que le site web Géoportail pour affiner mes recherches sur cartes IGN et vues aériennes. Ensuite vient l’étude de terrain, pour trouver la faisabilité d’un saut, c'est-à-dire une paroi suffisamment haute et raide pour s’élancer sans risques, et là il faut utiliser les jumelles parfois pendant des heures pour ne rater aucuns détails. Une fois que tout ceci est exploré, il faut passer à l’action et se rendre sur place pour trouver le point de départ idéal, c'est-à-dire le plus propice à un départ en toute sécurité et offrant les meilleures possibilités de vol en wingsuit et que l’on nomme dans notre jargon « l’exit ».

L’intuition est ce qui guide le mieux. C’est un savant mélange de compétences personnelles, d’écoute, d’anticipation voire de précognition ou de vision à distance ou dans le temps. Il faut savoir se projeter mais sans s’imaginer vainqueur. Avec le temps et toute une vie auprès de la nature, l’intuition et la projection à distance font partie de mes outils d’explorateur. Je crois que je n’ai jamais été pris en défaut, car je garde beaucoup d’humilité face à cette nature dont je ne me crois ni supérieur ni plus malin. Je sais que je ne suis qu’un hôte, un invité souvent accueilli à bras ouvert, mais qui doit rester le cœur éveillé pour ne pas se piéger lui-même. J’ai vécu trente six années d'aventures, gorgées de moments exceptionnels, qui furent bouleversantes, uniques et ineffaçables. Et c’est d’ailleurs à ces trois caractéristiques que je les reconnais. Et chacune porte aussi un parfum particulier et subtil, une empreinte dans l’histoire de ma vie. Il faudrait un livre pour les raconter. Ces rencontres m’ont transformé bien plus que toutes mes rencontres humaines n’ont pu le faire. J’ai découvert des secrets que je n’aurais jamais imaginer et reçu des cadeaux que je ne pensais pas mériter. La quête de l'exploit n'est qu'une fuite (au propre comme au figuré) et aussi un puits sans fond, et tous ceux qui lui courent après sont dans une grande illusion d'eux-mêmes et du sens de la vie.

"On y ressent cette énergie qui enracine, qui recentre le visiteur de ces lieux."

 

Il y a un an, durant l’été 2018, je viens découvrir cette petite vallée perdue de Valcroissant où siège l’abbaye Cistercienne du même nom construite au XIIème siècle. Dans ce magnifique contrefort, éloigné des regards et de la foule touristique, se cache un écrin de nature authentique. Il est facile d’imaginer que plusieurs siècles auparavant, la vie devait y être presque semblable à aujourd'hui. On y ressent cette énergie qui enracine, qui recentre le visiteur de ces lieux. On y perçoit quelque chose d’indicible, une présence subtile et bienveillante, comme si il y avait ici un gardien paisible et souriant. Pour avoir testé d’autres vallées de Glandasse comme à Romeyer ou du Vercors comme Archiane, l’atmosphère est à Valcroissant très accueillante et apaisante. Son petit cours d’eau rafraîchissant l’été ainsi que son joli site d’escalade en dalles calcaires, offre d’autres agréments supplémentaires au ressourcement et au plaisir terrestres.

Au lever du jour, je pars chargé de tout mon équipement de saut (parachute et wingsuit) mais aussi d’un bout de corde d’escalade et d’un baudrier pour explorer depuis le haut le point de départ et vérifier qu’il n’y ait pas de danger plus bas comme une vire ou un becquet rocheux. Peut-être me faudra-t-il aussi descendre en rappel pour m’envoler ? Trois heures plus tard je rejoins le fameux point culminant, le Dôme qui domine toute la plaine du Diois. Je chercherai ensuite en longeant la crête le point de descente vers le bord des falaises au plus près du vide. Quand on est sur le terrain, ce n’est plus la vue aérienne de Géoportail, et si on n’a pas pris de bons repères au sol ou de points GPS la galère peut vite arriver et le temps se réduire comme une peau de chagrin. Car mon objectif aussi c’est de réussir à trouver l’exit et à sauter, ce qui est un gros challenge pour ce type de saut très reculé et où tout n’est pas « sautable ». Finalement, assez simplement je rejoins un petit éperon évident et boisé de quelques rares petits pins dégarnis. Le lieu extrêmement est sauvage et isolé. Là on se sent pris dans la masse de cette nature grandiose, où seul existe son plus grand dépouillement. On sent très bien que ces espaces arides souffrent du manque d’eau l’été et du froid rigoureux l’hiver exposés au fort vent du nord issu des hauts plateaux du Vercors.

"Elle peut faire un point de départ même s’il n’y a la place que pour les deux pieds et pas plus."

 

J’ai pris des repères caractéristiques, dont une très grosse fissure entre deux éperons rocheux. A vu d’œil, il faut descendre d’une dizaine de mètres car le départ est positif c'est-à-dire en dalle inclinée. Un départ du haut me mettrait en danger avec le risque d’accrocher les pieds, car en wingsuit je ne peux pas prendre de course d’élan (imaginez un pingouin...). J’explore alors le premier éperon le plus évident dans l’axe de la petite plateforme sommitale. Après avoir fixé ma corde sur un pin, je descends prudemment en rappel en poussant au passage quelques blocs rocheux très instables dans le vide. Puis une dizaine de mètres plus bas, une petite margelle apparait et qui semble être solide. Elle peut faire un point de départ, même s’il n’y a la place que pour les deux pieds et pas plus. Mais il me restera dessous encore un éperon de dix mètres à franchir où il faudra donner une bonne impulsion pour ne pas le toucher, la falaise ensuite étant complètement surplombante sur deux cents mètres de paroi restante. Je prépare mon matériel mais c'est le début d’après-midi et le vent commence à souffler fort et latéralement en plus. Les vallons aux pieds des parois forment des vagues et sont délimités par deux cols opposés, ce qui génère de fortes turbulences non loin du sol. Il ne me faut pas hésiter longtemps, ne pas tenter le diable, et alors je décide de faire demi-tour et de redescendre. Certes c’est frustrant, mais je sais aussi ce vol technique pour moi, et le réaliser dans de mauvaises conditions ou des conditions non optimales, serait stupide et irrespectueux de moi-même et du lieu aussi. La marche de retour sera longue et malheureusement je n’ai plus d’eau et aucune source où me ravitailler jusqu’à mi-descente. Mais je sais que je pourrai y revenir un jour ou l’autre. Cette falaise vieille de plusieurs millions d’années sera encore là demain et après demain et me survivra bien sûr.

Découvrir et explorer sont des passions d’enfant, et je n’ai eu cesse durant toute ma vie de marcher sur ce chemin. On pense souvent à tord, que seules les dites « grandes » aventures
« sérieuses » comptent, qu’il faut aller au bout du monde et sur sites prestigieux. C’est une erreur. Le spéléologue Jean-Michel Siffre a conduit sa plus belle aventure personnelle en 1962 en restant deux mois enfermé sous terre dans un gouffre et dans le noir absolu pour y faire des expérimentations sur la biologie humaine et les rythmes circadiens. C’est un exemple parmi tant d’autres. Très souvent, dans l'esprit des gens et les codes de la société, le défi doit être synonyme d’exploit et associé à l'extrême, et flirtant au frontières de la mort pour être reconnu. Mais on ne peut faire de véritable « aventure » par projection, avec un besoin conscient ou inconscient de combler un vide en soi, d’espérer trouver une reconnaissance des autres, de se hisser au-dessus d'eux, de nourrir égo et orgueil d'un éventuel triomphe. La société raffole de ces « exploits » à l’autre bout du monde, comme si aller à l’autre bout du monde remplissait toutes les conditions pour devenir un « sur-homme ». L'enfant lui n’a pas besoin de ces « clichés » sociétaux qui ne sont que des codes d’adultes en manque de véritables repères sur le sens de la vie et de profondeur sur eux-mêmes. On peut tout simplement sortir des sentiers battus, des rails de l’existence que l’éducation, les peurs et les croyances ont conditionné en nous. On peut grimper sur l’arbre de son jardin et y vivre une grande aventure, et y découvrir de multiples choses que personne ne connait. On peut s’enfoncer dans une forêt alentour et suivre les traces presque invisibles laissées par les animaux sauvages qui s’y déplacent et aller de surprises en surprises. On peut à la manière d’un enfant qui joue et oublie où il est, car entier dans ce qu’il vit, méditer au bord d’une rivière, d'un océan ou chez soi et partir en voyage vers d’autres réalités. On ne se pose pas assez la question du « faut-il faire » ou ne « pas faire »? Et j'ai choisi depuis de très nombreuses années de ne « pas faire » sans aucuns regrets, car j'estimais que cela n'était pas nécessaire, comme par exemple ouvrir ou équiper sans fin de multiples nouvelles voies d'escalade, et que la nature méritait de conserver son silence et ses secrets.


"On ne sait pas véritablement ce que l’inconscient cache, il faut être très éveillé et avancé pour le découvrir."

 

Affronter la nature et les grands espaces ne se fait pas à la légère. Il faut être humble et respectueux, car ces univers où l’homme n’est que de passage sont des hauts lieux sacrés de notre Terre-Mère. Or, ils ne le sont pas pour la grande majorité de ces hommes « sans racines » ne cherchant à assouvir que des besoins « primaires » et non « spirituel ». Ces hauts-lieux, comme seule la nature sait les offrir, sont des lieux d’enseignement, sur le monde, la vie, l’amour, le vivant et soi-même. Un peu comme si toute la sagesse pouvait y être reçue. On ne sait pas véritablement ce que l’inconscient cache, il faut être très éveillé et avancé pour le découvrir. Ainsi, on ne sait pas ce qui peut nous pousser à aller vivre une aventure. Dans le fond, la véritable raison est cachée, et il est difficile d'avoir accès à cette information. J’aime bien la notion de « prétexte », d’une envie spontanée, ou d’un projet plus élaboré, car c’est un point de départ. Explorer, partir à l’aventure c’est suivre un appel intérieur, qui au détour d’un désir, d’une curiosité, d’un besoin profond, nous met en lien avec une part cachée de l’univers, une forme d'appel de la forêt de Jack London, d'un appel à la « rencontre ». Ce fil « conducteur » que l’on suit, est comme une pelote de laine qui nous échappe. C'est aussi un dénouement (du verbe dénouer, défaire les nœuds) de quelque chose en nous et qui a besoin d’être libéré, transformé, transmuté si nécessaire. Il faut arriver au bout de l’ouvrage, pour peut-être le découvrir, en poussant alors les portes qui ne demandent qu'à s'ouvrir, pour admirer ensuite les paysages que l’on découvre alors derrière. L’action est un prétexte, c’est un mouvement, car la vie est un mouvement perpétuel sans fin, une myriade de vibrations célestes. Simplement, ce qui va nous toucher, c’est par le cœur. Car une fois que notre corps physique, notre mental et nos émotions sont rassasiés et repus, retrouvant leur calme et leur sérénité, le cœur peut enfin s’ouvrir, recevoir et échanger avec cette nature et son essence. C’est un processus libératoire et d’ouverture, qui nécessairement va amener une évolution personnelle. Car ce que l’on perçoit avec le cœur ne peut jamais s’effacer, c’est un cadeau de l’instant et de cette rencontre. Le coeur est la porte de l'âme. Et l'âme c'est ce que nous sommes vraiment, vibratoirement, énergétiquement, spirituellement. L'incarnation est un processus d'expérimentation et d'enseignement. Et c'est le sens de la vie. L'enfant que nous sommes toujours et qui existe toujours en nous, et qui se nomme « l'enfant intérieur », est le gardien de l'intégrité de notre âme. Et l'état émotionnel de cet enfant intérieur est primordial pour notre équilibre psycho-énergétique d'adulte et il en est le reflet profond.

L’année écoulée, puis le Printemps et l’été revenus, équipé d’une nouvelle wingsuit plus performante et très agréable à piloter, je repars en quête des montagnes et du plaisir de voler comme un oiseau. J’ai passé une grande partie de ma vie à ouvrir des voies d’escalade, et à chercher aussi de nouveaux spots, et je continue avec le BASE jump où je découvre et ouvre selon les années jusqu'à une quinzaine de nouveaux exits. J'aime le plaisir de ce type d'ouverture, car il est aussi non impactant pour la nature et il ne laisse que très peu de traces, juste quelques cairns de pierres pour les répétiteurs et quelques branches coupées pour dégager l'accès à l'exit si besoin. Un des plus beaux, est sans conteste celui de la Punta Giradili (Sardaigne) ouvert seul en 2010 dans ce lieu très isolé du Supramonte de Baunei et que j'ai nommé
« Méditerranéo », avec un vol au bord de la Méditerrané, spot devenu un grand classique aujourd’hui pour son vol spectaculaire et majestueux.

"Je suis un chamane malgré moi, c’est le cadeau qui m’a été offert après 50 années en intimité auprès de la nature."

 

Après une dizaine de jours à m’entrainer et à visiter de nouveaux sites dans les Alpes et en Suisse, je retourne dans mon vallon de Valcroissant. Les conditions sont bonnes, il n’y a pas de vent prévu, seul les thermiques s’activeront en début d’après-midi sous l’action du soleil réchauffant la masse d’air. La marche de trois heures est un parcours initiatique. On y croise rarement des randonneurs et à chaque fois j’y étais tout seul. La forêt offre de la fraîcheur tout au long de la montée, ce qui n’est pas désagréable en été, où dès le lever du soleil il commence à faire chaud. Parfois, on y croise par contre de jeunes bouquetins et des chamois, furtifs et craintifs. La forêt est profonde et minérale aussi. Je perçois très bien qu’elle m’absorbe, mais sans aucune hostilité. J’ai appris à écouter mes ressentis, à percevoir l’invisible, à me servir des signes que je croise. Je suis un chamane malgré moi, c’est le cadeau qui m’a été offert après cinquante années en intimité auprès de la nature. Elle et moi on se comprend et on s’apprécie. J’ai aussi appris à « lâcher-prise » sur le regard des autres, sur ce qu’ils pensent de moi. En déroulant le fil de ma vie, tout ce qui me paraissait bizarre ou « anormal » auparavant, aujourd’hui c'est une force, un don, un pouvoir. Pas un pouvoir sur les autres, mais un pouvoir personnel dont je reconnais la valeur, la bienveillance et l’intelligence. Ces qualités sont celles aussi que la nature m’a apporté. C'est à dire, savoir observer, écouter, ressentir, comprendre, voir, agir ou voyager avec le cœur.

 

On passe une grande partie de sa vie à se désintoxiquer de nos conditionnements, de nos croyances et de nos peurs. Et si on ne le fait pas, on devient gravement malade puis on en meurt. Et ce n’est pas la maladie qu’il faut transmettre, ni la peur de la mort, c’est au contraire une vision de soi qui soit à l’image de la vie, empreinte de féminin et de masculin, sereine, confiante, profonde, puissante, aimante et belle. Tout ce qui est de l’ordre de la matérialité et qui s’y raccroche est secondaire, accessoire, futile, illusoire et au final toxique. Le monde à besoin de paix, d’écoute, de respect, d’entraide et d’amour. Malheureusement la société humaine est tout sauf cela et c’est pourquoi nous vivons dans le chaos et avec la tête dans le sable pour ne pas sombrer dans la folie… il suffirait pourtant juste d’accepter de se changer soi à l'intérieur.

J’arrive au Dôme et prend un moment de relâchement devant le grand cairn. Le terrain est redevenu plat, l’effort a été fourni. Un immense paysage s’offre à moi, dans la sérénité et le calme. Tout semble aller pour le mieux. Je descends vers une grande cuvette, hors sentier maintenant. Je foule cette herbe rase où les marmottes viennent jouer et les chamois se nourrir. La végétation est sommaire et les arbres éparpillés, recroquevillés sur eux-mêmes par la rudesse du vent et du froid de l’hiver. J’arrive alors sur mon promontoire au milieu de nulle-part à une altitude de mille sept cents mètres, et plus de deux kilomètres de distance me séparent de l’abbaye de Valcroissant plus bas au fond de la vallée. Elle semble si loin, avec de la forêt à perte de vue. Il n’y aura pas d’échappatoire possible durant le vol, il faudra le mener jusqu’au bout. J’installe la corde de rappel puis un relais au
niveau de la margelle de départ avec un piton enfoncé à l'aide d'une pierre (un marteau c’est lourd à porter en vol). C'est assez « primitif » mais ça fonctionne. Je revérifie la hauteur plusieurs fois en écoutant l’impact d'une pierre que je jette dans le vide. 8 secondes c’est parfait, il y a suffisamment de marge mais c'est pas Hollywood boulevard non plus. Je prends à nouveau des repères pour le vol et l’optimiser, pour ne pas m’égarer car la finesse de 2.8 (rapport hauteur sur distance) nécessaire demande d’être bien concentré sur la ligne de vol. Deux gros blocs plus bas m’indiquent la limite de sortie du toboggan (fin de la courbe raide des premières secondes de mise en vol) et donc ma marge par rapport au sol. Le vent semble calme et les thermiques commencent à monter ce qui sera un avantage pour partir plus rapidement. Bien sûr, il ne faut pas se faire déstabiliser par des bulles invisibles et imprévisibles pouvant provoquer des brises erratiques.

"Il faut accepter de s’ouvrir et de se relier par le cœur à tout ce qui nous est cher, à tout ce qui nous aide à être vivant."

 

Il est temps de se préparer, d’enfiler la wingsuit et de mettre le parachute sur le dos. Je prends un instant la mesure de l’atmosphère, il faut y aller maintenant. Ouvrir un nouveau saut seul est extrêmement difficile mentalement et demande beaucoup de relâchement et de confiance. Il ne faut pas s’enfermer dans une bulle qui risque de nous « raidir » physiquement en limitant nos réflexes, alors qu’il faut être « souple » pour ne pas provoquer de mauvaises actions parasites ou fatales. Je sais que ce saut se nommera « le chamane et l’enfant ». Cet enfant c’est aussi un peu moi, mais là je pense à ma fille et à ce très long chemin de plusieurs années combatives pour être à nouveau réunis tous les deux. Je pense à son innocence du monde, à sa curiosité, à sa force aussi et à son intelligence de cœur. Si je me coupe de ce qui m’entoure, je « perdrais ». Il faut accepter de s’ouvrir et de se relier par le cœur à tout ce qui nous est cher, à tout ce qui nous aide à être vivant. C’est un moment toujours étrange qui me rappelle mes grandes escalades en solitaire en grandes parois et en montagne, certaines sans cordes comme dans « Ula » en 1986 dans les gorges du Verdon ou la "Carmina" à Saint-Guilhem-le-Désert en 1997, ou d’autres encore dans les Alpes comme le « Pilier Bonatti » dans la journée aux Drus en 1993. Il y a toujours un point de non retour. On est face à soi, face à son destin. Reste à savoir si on est entre de bonnes mains ? C’est un choix et tout en n'étant pas véritablement un. Le choix est d’aller vers cette aventure, cette voie dans laquelle tout notre être est engagé avec le risque d'y perde sa vie. Est-on prêt ou pas, est la seule question essentielle à se poser? Les lieux le sont-ils aussi ? Si oui, il faut y aller. Si non, il faut faire demi-tour. C’est un accord à double sens; être d’accord et s’accorder. Le seul enjeu c’est de vivre une expérience intense, transcendante, unique à jamais irreproductible, qui marquera l’instant de cette vie pour l’éternité. On est d’accord, on s’accorde et on y va pour donner le meilleur de soi et c’est véritablement magique.

Debout sur ma minuscule margelle, je détache ma longe qui me sécurise puis je zippe mes ailles de bras. Un dernier mouvement pour vérifier si j’attrape correctement l’extracteur qui ouvrira le parachute, et je palpe sa poignée pour bien la mémoriser comme si je m'y reliais par télépathie. J’imprime dans mon cerveau ce dernier élément qui sera ma survie en fin de vol, si jamais un incident faisait que je ne la retrouvais pas du premier coup. Une dernière respiration, puis un décompte, il faut y aller :
« 3, 2, 1, BASE » et je file dans les airs. C’est parti, tout s’accélère, je m'ajuste un peu puis je prends les commandes avec détermination et focus. Le premier repère défile sous moi, c’est un très gros bloc perdu dans la forêt en pied de paroi. Je viens de sortir du « toboggan », maintenant il faut garder de la vitesse pour rejoindre l’abbaye à presque 2 kilomètres de là. Je sais que tout se passera bien, j’exalte c’est magnifique. Le vol est parfait comme prévu. Après une minute de vol, j'atteins alors le premier champ derrière l’abbaye et j'ouvre mon parachute. C’est la libération. C’est fait.

"Quelle joie, dont mon coeur se remplit pour continuer à battre."

Le calme revient, la vie aussi dans cette nature qui m'accueille à nouveau. J'étais là-haut il y a quelques minutes encore, le temps s'est détendu, étrange sensation. Mais quelle aventure, quel rêve enfin réalisé. Le bonheur m’envahit dans ces instants où le temps semble s’être suspendu, comme plongé dans un profond silence. La vie est belle. La nature l’est aussi. Quelle chance de vivre cela, encore et toujours. Quelle joie en effet... une joie profonde aux parfums d'amour dont mon coeur se remplit pour continuer de battre toujours aussi fort. Merci.

 

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- Jérôme Rochelle -

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